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Variations sur le sauvage

« En français, le terme sauvage est à la fois un adjectif ( une bête sauvage ) et un nom ( le sauvage ). Le dictionnaire de l’Académie française ( édition de 1835 ) indique que l’adjectif sauvage se dit « de certains animaux qui vivent dans les bois », mais aussi « qui se tiennent dans les déserts, dans les lieux éloignés de la fréquentation des hommes» et également par extension « des lieux incultes et inhabités ». Le terme sauvage désigne ce qui n’est pas domestique ou ce qui n’est pas apprivoisé. Il caractérise un animal ou une plante qui vit ou pousse librement dans la nature. Le mot sauvageon exprime le caractère bestial d’un animal ou d’un homme. La sauvagerie, également dérivé du mot sauvage, caractérise la nature sauvage mais aussi ceux qui y vivent, humains et non humains. Récemment le Journal Officiel du 15 janvier 2017 a entériné le néologisme « sauva- geté », défini comme « le caractère d’un espace naturel que l’homme laisse évoluer sans inter- venir ; par extension, cet espace lui-même.». Ainsi si on employait ce terme, une friche serait une sauvageté. Je lui préfère la notion plus explicite et moins saugrenue de nature férale, en n’oubliant pas que feral en anglais est synonyme de sauvage.

Un animal domestique ou une plante de jardin peuvent se mettre à vivre en pleine nature. Dans ce cas on dit que l’animal ou la plante s’ensauvage. Cela peut également concerner une terre utilisée par l’homme puis abandonnée qui s’ensauvage. Après une déprise agricole, la friche est un parfait exemple d’ensauvagement. L’ensauvagement est donc un processus par lequel un lieu domestiqué évolue vers un espace sauvage, c’est-à-dire libre, spontané et autonome. C’est pourquoi j’ai un peu de mal à comprendre qu’on traduise rewilding par ré-ensauvagement, si ce n’est pour traduire littéralement le re de rewilding, car ré-ensauvagement signifie une réplication d’un retour au sauvage alors que toutes les opérations de rewilding sont des exemples d’ensauvagement. En effet, ils concernent des espaces anthropisés que l’on tente, soit de laisser seuls revenir à un état sauvage, soit d’aider par des introductions ou des réintroductions à retrouver des processus écologiques (herbivorie, prédation, nécrophagie) qui caractérisent la nature sauvage. »

Jean-Claude Génot

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De l’aventure qu’eut Don Quichotte avec des chevriers

Les chevriers n’entendaient rien à ce jargon d’écuyers et de chevaliers errants, et ne faisaient autre chose que se taire, manger et regarder leurs hôtes, qui, d’aussi bonne grâce que de bon appétit, avalaient des morceaux gros comme le poing. Quand le service des viandes fut achevé, ils étalèrent sur des nappes de peaux une grande quantité de glands doux, et mirent au milieu un demi-fromage, aussi dur que s’il eût été fait de mortier. Pendant ce temps, la corne ne restait pas oisive ; car elle tournait si vite à la ronde, tantôt pleine, tantôt vide, comme les pots d’une roue à chapelet, qu’elle eut bientôt desséché une outre, de deux qui étaient en évidence.

Après que Don Quichotte eut pleinement satisfait son estomac, il prit une poignée de glands dans sa main, et, les regardant avec attention, il se mit à parler de la sorte :

« Heureux âge, dit-il, et siècles heureux, ceux auxquels les anciens donnèrent le nom d’âge d’or, non point parce que ce métal, qui s’estime tant dans notre âge de fer, se recueillit sans aucune peine à cette époque fortunée, mais parce qu’alors ceux qui vivaient ignoraient ces deux mots, tien et mien. En ce saint âge, toutes choses étaient communes. Pour se procurer l’ordinaire soutien de la vie, personne, parmi les hommes, n’avait d’autre peine à prendre que celle d’étendre la main, et de cueillir sa nourriture aux branches des robustes chênes, qui les conviaient libéralement au festin de leurs fruits doux et mûrs.

Miguel de Cervantes SaavedraL’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche Traduction par Louis Viardot.
J.-J. Dubochet, 1836 (tome 1, chapitre XI, p. 152-159)

 

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pépinière collective

Présentation de l’idée

L’idée de ce projet est simple: semer, planter et multiplier arbres, arbustes et vivaces dans un espace privé ou public, sans but lucratif, pour le plaisir de favoriser la biodiversité. Il n’est pas nécessaire d’avoir un terrain pour y participer.

Les portes-graines se font rares et les conditions climatiques changent. A notre sens, semer et planter est une affaire qui nécessite l’expérience et la puissance de chacun. Au travers de rencontres (!), les échanges d’expériences et de graines ou de boutures devraient permettre un entraînement  et un apprentissage collectif. 

  1. Créer des savoirs situés dans le temps et dans un lieu

A Faverdines, nous arpentons les corridors animaliers et autres lisières humaines à la cueillette de glands pour notre production. La fébrilité est à son comble car une pépinière naît déjà ici et là animée par les éléments naturels et le monde animal. Les animaux eux, libres, sauf jours de chasse, sont bien plus efficaces que nous à la multiplication et les végétaux ne nous demandent pas d’attestation pour transporter leur graines. L’enjeu est de taille car la difficulté de reboisement, par la simple volonté humaine, est réelle depuis quelques années. Pour cette raison, comprendre le fonctionnement de la friche, comme écosystème en constante évolution, nous apparaît être une « activité essentielle ». Ainsi de nombreuses graines nous font de l’oeil soit parce qu’elle semblent équipées pour pousser dans les conditions actuelles, soit parce que les végétaux sont simplement remarquables.

2. Soyons des porte-graines

Depuis cinq ans nous observons la friche, dont le sol, fragile, globalement sableux sur argile, est particulièrement sensible à la chaleur et à la sécheresse. 

Pour lutter contre le réchauffement climatique, et capturer du CO2, il faut planter des arbres, dit-on. Ce que nous avons fait. Fruitiers de pépiniéristes bios, variétés anciennes voire exotiques, jeunes plants forestiers, fixateurs d’azote… Opération coûteuse, gourmande en plastique (emballages, manchons de protection contre les chevreuils), et en eau. Pour un résultat de moins en moins probant, le climat s’avérant, année après année, toujours plus chaud et plus aride. 

Mais la friche vit sa vie. Vaille que vaille elle continue, sans manchon ni irrigation, à faire surgir arbres et arbustes, chênes pédonculés, merisiers, alisiers, sureaux, prunelliers, aubépines, églantiers, fusains, cornouillers sanguins, noyers, noisetiers, troènes, ronce ; animation aléatoire de tout un paysage, en forme de défi aux plantations rectilignes, aux découpages parcellaires, aux aménagements humains. La friche réinvente une nouvelle forme de bocage (« rappelons que le terme boschage en ancien français issu du bas latin boscus, et du normand dans sa forme actuelle de bo(s)cage, signifiait « petit bois »… », Revue Jardins N° 2, 2011). 

Alors : agir, ou non agir ? Dans le doute, abstiens-toi ! La régénération naturelle est sans doute la meilleure option pour reboiser des parcelles. À condition qu’il existe encore, à proximité,  des porte-graines. 

Soyons des porte-graines. Collectons ici et là, et même ailleurs, car rien ne nous empêche de tenter d’implanter des essences non autochtones, rustiques, nourricières… Semons, échangeons, disséminons, discutons…

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Bocage ou sauvage ?

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la sénescence du prunelier

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